Il y a une figure que je croise régulièrement dans mon cabinet — souvent discrète, souvent épuisée. C'est ce que j'appelle le Caméléon.
Le Caméléon est celui ou celle qui s'adapte. Qui anticipe les besoins de l'autre avant même qu'ils soient exprimés. Qui ajuste sa façon d'être en fonction de ce qu'il perçoit que l'autre attend. De l'extérieur, il ressemble à quelqu'un de généreux et d'attentionné. De l'intérieur, il se perd.
L'effacement comme stratégie relationnelle
Le Caméléon ne s'efface pas par faiblesse. Il s'efface parce qu'il a appris — souvent très tôt — que se rendre indispensable est une façon de rester aimé. Si je suis exactement ce dont tu as besoin, tu ne m'abandonneras pas.
C'est une logique qui a sa cohérence. Mais elle a un coût énorme : l'autre finit par ne plus savoir à qui il s'adresse. Et le Caméléon finit par ne plus savoir qui il est.
Ce que la thérapie cherche à faire
Avec un Caméléon, le travail consiste d'abord à retrouver ce qui a été mis de côté : ses propres désirs, ses propres limites. Puis à apprendre à les exprimer — non pas comme une revendication, mais comme une présence. Je suis là, moi aussi. Je peux ne pas être d'accord.
Laurent Huz