Dans mon travail avec les couples, il y a une dynamique que je rencontre plus souvent qu'aucune autre. Elle a mille visages différents, mais elle obéit toujours à la même logique : l'un s'approche, l'autre recule. L'un poursuit, l'autre fuit. Et plus l'un s'approche, plus l'autre fuit. Plus l'autre fuit, plus l'un s'approche.
Cette danse peut durer des années. Elle épuise les deux partenaires. Et pourtant, chacun d'eux est sincèrement convaincu que c'est l'autre le problème.
Deux peurs, pas une
Ce qui rend cette dynamique si tenace, c'est qu'elle met en présence non pas une mais deux peurs — et ces deux peurs s'alimentent mutuellement.
Le Poursuiveur a peur de perdre l'autre. Son besoin de proximité, de contact, de réassurance est intense. Quand l'autre s'éloigne, c'est insupportable — il interprète ce retrait comme un rejet, un désintérêt, parfois même un abandon. Sa réponse naturelle est de se rapprocher davantage.
Le Fuyant a peur de se perdre soi. Son besoin d'espace, d'intériorité, d'autonomie est tout aussi légitime. Quand l'autre s'approche trop, quelque chose en lui se ferme. Ce n'est pas du rejet. C'est une forme de survie psychique : si je reste trop longtemps dans cette intensité, je ne sais plus qui je suis.
Ce que la thérapie peut faire
Travailler avec un couple dans cette dynamique, ce n'est pas demander au Fuyant de "s'ouvrir plus" ou au Poursuiveur de "ne pas avoir autant besoin". Ce serait demander à chacun de trahir une part essentielle de lui-même.
C'est d'abord rendre visible ce qui se passe — nommer la danse, en montrer la logique systémique. Puis accompagner chacun à identifier la peur qui se cache derrière son mouvement. Enfin, créer les conditions pour qu'un espace de rencontre devienne possible.
Laurent Huz