L'usure et la frustration sexuelle dans le couple

May 6, 2018

La culture populaire renforcée par la presse médiatique considère que l’usure du désir sexuel au sein du couple est inévitable passée la période de fusion. De nombreuses statistiques étayent cette thèse :  70% des couples seraient concernés par ce sujet au bout de deux ans, 30% des couples mariés n’auraient plus que quelques rapports par mois au bout de 5 ans.

Pour relancer, changer, vivifier la sexualité au sein du couple, des marchés et conseils en tout genre foisonnent : boutiques en ligne de sextoys, services de massage, pharmacies en ligne vendant des produits aphrodisiaques et des vasodilatateurs, écoles de tantra, etc.

 

Si personnellement je suis plutôt favorable au fait qu’un couple puisse s’ouvrir vers des horizons sexuels nouveaux et fantasmagoriques, je suis plutôt réservé quant à les proposer comme une possible solution à leur baisse de désir sexuel. Dans certains cas, cela peut être même complétement contreproductif.

 

L’un des grands principes que j’aime rappeler à mes clients c’est que le désir sexuel est tout à fait naturel. Nos corps sont faits pour faire l’amour, pour se toucher et pour se caresser. Quand deux êtres s’aiment, il est donc naturel que les corps aient envie de faire l’amour et de fusionner ensemble.  La perte de désir sexuel au sein d’un couple n’est pas liée à une fatalité conjoncturelle mais trouve son origine dans le mal être.

 

Quand vous lisez la presse spécialisée, les causes de ce mal être sont toutes trouvées : travail, enfants , rythme de vie effréné, fatigue physique, etc. Les  couples en perte de vitesse se complaisent en général  dans ces explications car elles les  déresponsabilisent. Et pourtant, qui n’a jamais fait l’amour en étant très fatigué ? énervé par sa journée ? en étant un peu pompette ? Quand l’envie de l’autre est là, qui peut résister à l’envie de s’unir à lui ?

Quand un couple n’aspire plus à s’unir, les causes sont à trouver au sein du couple et non à l’extérieur.

 

En la matière, mon expérience me permet d’en retenir deux principales :

·         Considérer que son couple ou que l’autre est acquis

·         Les fantasmes et les frustrations sexuelles

 

Considérer que son couple ou que l’autre est acquis

 

Pour que la passion sexuelle s’exprime pleinement, il faut qu’une forme de tension perdure dans le couple. Une fois que le mariage est consommé, les enfants arrivés, les habitudes prises, trop de personnes considèrent que leur conjoint est acquis. On ne fait plus attention à l’autre et on se focalise davantage sur les impératifs de sa propre vie (boulot, enfants, projets, etc.), d’où la confusion évoquée ci-dessus entre les faits de ne plus désirer son conjoint et son rythme de vie. Pour que l’envie de l’autre reste présente, il faut s’émerveiller de lui, s’émerveiller de sa présence.

 

J’ai conscience que cela ne soit pas simple au quotidien, non pas parce que nous n’en sommes pas capables mais tout simplement parce que nous sommes conditionnés par cette société hyper-matérialiste qui cultive le mal être de chacun en le rendant insatisfait de tout ce qu’il a. Il est donc difficile à chacun d’admirer les joyaux qu'il détient et à l’inverse chacun ne mesure pas nécessairement le joyau qu’il est.

 

En tant que thérapeute, je rencontre trop souvent des couples en perdition du fait de l’infidélité de l’un des deux. Pour certains, si ces situations n’étaient pas aussi dramatiques, je sourirais presque quand je les entends me dire que depuis que monsieur ou madame a eu son aventure, leur sexualité est repartie comme au premier jour. Eh oui, la peur de perdre l’autre, l’incertitude d’un avenir que l’on croyait pourtant écrit, sont autant de causes qui favorisent l’envie de fusion avec l’autre. Parfois d’ailleurs ces jeux de va et vient peuvent durer pendant des années jusqu’à ce qu’ils trouvent leur issue.

 

Trop de sécurité s’oppose à la passion et au désir. Pour ma part, c’est celui qui a le plus de moyens et de conscience sur son couple et ce qui est en train de se passer qui doit prendre la responsabilité de la qualité de la relation avec son conjoint, quitte à le perturber un peu. Bien entendu, cela ne doit pas être fait n’importe comment mais mon expérience m’a montré que le couple qui change son regard sur l’autre aura tous les moyens de s’épanouir pleinement et durablement dans sa sexualité.

 

Les fantasmes et les frustrations sexuelles

 

Ce paragraphe ne traite pas du déphasage sexuel qui peut se produire au sein du couple au fil du temps, l’un étant demandeur, l’autre pas. En effet, dans la grande majorité des cas, ce type de problème est lié à ce que je viens d’évoquer dans le chapitre précédent.

 

Il ne traite pas non plus de cas particuliers où les couples n’ont jamais fonctionné, sexuellement parlant, et ce dès leurs débuts. Les raisons peuvent être nombreuses : blessures du passé, religion, éducation, tabous, etc. Quand ce type de situation se présente, je préconise déjà un accompagnement individuel avant la thérapie de couple.

 

Nous vivons dans un monde fantasmagorique. Le nu n’est plus précieux, le porno est banalisé, et là comme partout ailleurs, nous voulons tout consommer, tout goûter. Il arrivent donc qu’au sein du couple, l’un des partenaires connaisse une frustration sexuelle du fait de fantasmes non réalisés. Par fantasmes, j’entends tout ce qu’il ne peut vivre ou partager avec son conjoint. Cela peut donc aller de choses simples comme la fellation, le cunnilingus aux actes les plus coquins. Parfois cela peut prendre des proportions importantes au sein du couple et provoquer des tensions et des remises en cause.

 

Face à ses propres fantasmes, le conjoint agit en général de trois manières différentes :

  • Il les garde pour lui de peur qu’en les révélant à l’autre il soit jugé ou parce qu’il se juge lui-même ou parce qu’il a des considérations du type ‘cela serait lui manquer de respect’

  • Il les cherche ailleurs par le biais de relations extraconjugales

  • Il les exige ou met une sorte de pression à l’autre pour les réaliser

 

Aucune de ces attitudes n’est constructive. Quand ce type de situation arrive, il faut beaucoup de finesse pour que le couple en sorte renforcé. Ce qui est clair, c’est que l’on ne peut forcer  son conjoint à avoir une pratique sexuelle qui ne lui convient pas même si cette dernière est extrêmement populaire. En revanche, quand le lien amoureux est très fort et qu’il y a une profonde confiance au sein du couple, les choses peuvent évoluer dans une certaine mesure pour s’alléger.

 

Dans ce type de situation, je ne saurai trop conseiller de partager ses fantasmes avec son conjoint par des propos légers et non revendicateurs. Le simple fait de les partager avec l’autre même s’ils ne sont pas mis à exécution est un très bon moyen de diminuer leur impact sur soi. Ainsi le couple peut s’en amuser et en faire un terrain de jeu érotique. De cette manière, le fantasme devient un élan ludique qui portera, dans une certaine amplitude, l’évolution sexuelle du couple.

 

En matière de sexualité, rien n’est figé dans le couple, tout se vit dans l’instant présent et dans l’envie de l’autre. Bien entendu, les rythmes peuvent être différents, des périodes de repos peuvent être nécessaires mais lorsque le couple vit sa sexualité d’une manière pleine et entière, avec amour et confiance, toutes les fantasmes sexuels trouveront un chemin divin à partager à deux.

 

Le danger est donc de se comparer, notamment si vous avez vécu une relation précédente  dans laquelle telle ou telle pratique était réalisée sans aucune réserve. Toute comparaison de ce type va à l’encontre de l’unicité du couple et de sa préciosité. Si vous êtes dans ce type de situation, je vous conseille donc de changer votre regard, de revenir dans la réalité, dans la joie de goûter  l’autre, de célébrer ce qui est présent dans votre couple dans toute sa spécificité. Si vous n’y arrivez pas, alors peut-être qu’un dysfonctionnement est présent mais dans ces conditions, il dépasse très certainement le simple cadre de votre univers fantasmagorique.

 

Pour terminer, je vous déconseille toute démarche volontariste en matière de sexualité. La sexualité est une question d’être et non de volonté. Donc, pas d’agenda, pas de calendrier, pas de méthode qui viendrait à l’encontre de son extrême naturalité.

 

Et enfin, amusez-vous, partagez, riez ensemble ! faire l’amour n’est pas uniquement une question de rapport sexuel, il s’exprime à tout instant dans le regard, dans l’intention, dans la présence à l’autre.

 

 

 

 

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